1

La maison, ce lieu de vie où l’on passe, où l’on repasse,
où l’on s’arrête, où il fait bon être. Cette chaleur, ces vapeurs,
ces odeurs qui nous étourdissent. Un mot, des mots, des cascades de rires, des pleurs aussi, une accolade et de la chaleur encore. On oublie, on s’oublie, on se blottie et très vite
on est reparti pour mieux revenir.


La maison, par ses couleurs, par les déclinaisons rythmiques de l’espace, par sa respiration, ce lieu de vie trahit les hôtes qui se dénudent au regard de l’étranger, celui que
l’on invite, que l’on incite, que l’on quitte.


La maison,
que l’on ouvre comme une offrande visuelle,
une porte entrebâillée sur une intimité latine colorée de pudeur, teintée de parfums épicés, de paroles chuchotées et de quelques récits de nos grands-mères au libertinage amnésique.

La maison,
lieu du secret, du non-dit et de cette culpabilité qui nous vient d’un dehors, d’un ailleurs et d’un au-delà, sera
t-on lesquels, obsessionnelle à souhait mais qui nous lâchera
un jour et pour toujours.

La maison,
des détails de sa vie que l’on offre à l’autre,
aux autres, comme une histoire que l’on raconte.
Comme un parcours visuel, comme des images, comme des chemins multiples à choisir. A chacun sa propre musicalité chromatique et sonore.

2

La maison,
des détails de sa vie que l’on s’offre à soi-même.
Livre ouvert sur hier et avant-hier. Un objet, une couleur que l’on ne voit plus et qui un jour nous interpellent on ne sait pourquoi.
Le détail comme stimulus.
Le détail déclenche le décor et le scénario refoulés. Le décor devient trace mentale et empreinte sur de la terre mouillée. Source de sensations et d’émotions sensuelles.

La maison,
comme lieu de vie, comme amour qui se décline photographiquement, du négatif au positif, du noir et blanc à
la couleur, du mat au brillant. Révélateur d’une naissance.
Un travail de couture, un fil qui se tisse à quatre mains,
qui s’emmêle pour mieux se démêler et s’entrelacer.

La maison,
comme la sienne, sa propre maison avec
sa différence, sa propre décoration, ses choix, ses harmonies,
ses contrastes et ses couleurs qui donnent un sens, du sens
à sa propre vie.
La décoration
comme carte d’identité.
La décoration
comme des cartes à jouer que l’on peut mélanger à souhait juste comme ça, parce que c’est dimanche et pas
un autre jour. La décoration comme un puzzle, où l’objet trouve
sa place parce que c’est la sienne et pas une autre.
Des objets bavards, taquins qui nous regardent droit dans
les yeux rien que pour nous revêtir de notre présent …
Et faire quelques pas vers la poésie de l’espace.
Agnès Boulakia ©